Quand on aime l’automobile, on ne peut pas rester insensible à la pratique de la compétition. S’il est une discipline qui me tente, c’est bien l’endurance. La reine des courses dans cette catégorie, n’est ni plus ni moins que la course la plus mythique du monde, les 24h du Mans.

L’épreuve

Ça ne vous aura certainement pas échappé, la course est dominée ces dernières années par Audi. L’endurance, c’est leur truc. Alors depuis quelques années la marque, en collaboration avec les équipes d’Oreca (rien que ça), organise les A2E, comprenez les Audi Endurance Expérience. Le but est de courir 3 courses de 3 heures avec les mêmes pneus et les mêmes plaquettes de freins. Après 3 ans de bons et loyaux services, l’A1 a cédé l’an dernier sa place à l’A3 dans sa version 1.8L TFSI 180ch quattro. Réservés aux clients et aux partenaires de la marque, les Audi 2E se déroulent en 3 manches de qualification sur 3 circuits différents avec en point d’orgue, une finale sur la glace en Laponie.

Magny-Cours, Le Mans avec le Circuit Bugatti et le Castellet avec le Circuit Paul-Ricard sont les théâtres de ces qualifications. Alors, quand Audi m’a confié un baquet dans l’A3 du #Team280 en compagnie de mes compères et amis blogueurs auto Thomas (SpeedGuerilla), Antoine (Contreappel), Vincent (Le Blog de Viinz) et Aymeric (Cars Passion), je ne me suis pas fait prier !! Notre terrain de « jeu » : Le Mans et le fameux circuit Bugatti. Le rêve …

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Départ de Paris en Q7, l’autoroute est avalée en mode tapis volant et nous voici au Mans. Le portique d’entrée sur le circuit me donne des frissons dans le dos, « pincez moi siouplé ». Là, pas le temps de trainer, on est jeté dans le bain direct dans les vestiaires en enfilant la combinaison de pilote, les chaussures en Nomex et les gants. On fait connaissance avec Steven (Le Lann) qui sera notre team manager tout au long de cette aventure et en route pour le briefing. On ne rigole pas car on est sur une course homologuée FFSA, FIA et ACO. Les instructions sont données et on se les ancre bien dans la caboche. Ensuite, il est temps de rencontrer notre monture : L’Audi A3 1.8L TFSI quattro. Les 25 autos sont les mêmes pour tout le monde. L’A3 est d’origine, seuls l’intérieur dépouillé, arceauté, équipé d’extincteurs et d’un coupe circuit pour les besoins de l’homologation, ainsi que les plaquettes haute performances pour la tenue au chaud font la différence.

2015-11-05_39_22673275739_oLes essais

N’ayant jamais roulé sur le Bugatti, les séances d’essais libres sont les bienvenues et me permettent de me familiariser avec le tracé. Il pleuvote depuis ce matin et c’est assez gras. Pas piégeuse pour un sou, l’A3 quattro passe bien partout et l’ESP veille au grain. Oui, l’ESP ! En effet, il est impossible de le déconnecter, règle de la course. Il faudra alors éviter au maximum de le déclencher car ça mange sévèrement de la plaquette sur 9h de course. Il s’agira d’être propre et coulé, ça tombe bien, la pluie s’intensifie.

2015-11-05_264_22647213757_oLa course

Extérieur nuit – Course 1 : La pression monte en flèche en cette froide et pluvieuse nuit mancelle. Thomas, Antoine, Vincent, Aymeric et moi sommes sur la grille quand la R8 V10 Plus faisant office de « leading car » fait irruption. Là, LA question de Steven : « Qui prend le départ ? ». Euuuuhhhh je t’avoue que je ne suis pas très à l’aise …

C’est Vincent qui se portera volontaire pour le gros rush. Respect. Le tirage au sort nous à placé en 5ème ligne et le départ se fait sans encombre. Vincent se débrouille comme un chef mais est gêné par le paquet. Steven décide de le faire rentrer au box au bout de quelques tours et de le faire repartir direct pour qu’il roule hors de la horde. Pari payant, Vincent enchaine les bons tours. On est deuxième de notre catégorie « Extra Team » (hors des classements clients et partenaires) lors du premier changement de pilote. C’est aussi là que la course peut se jouer. Sur les bons conseils de Steven, on s’était tous bien préparé à l’exercice. La voiture s’arrête, Vincent se désangle, et je l’extirpe du baquet tandis qu’Antoine prépare le harnais pour Thomas qui saute à son tour dans le baquet pour y être attaché par Antoine. Tout sera joué en 40 secondes et il reste à présent 20 secondes dans la minute d’arrêt obligatoire à Thomas pour se concentrer. Top, c’est reparti. Thomas enchaine lui aussi les bons tours avec régularité et à la fin de son relais, on est toujours P2 (juste derrière les médias) de notre catégorie et P5 au général ! Rebelotte pour le changement de pilote et c’est Aymeric, pilote amateur de rallye qui prend le volant. Très adroit sur circuit, il sera également régulier et dans les bons temps ce qui nous permettra d’être toujours à porté de la première position quand je prends enfin mon relais.

2015-11-05_424_23039530716_oLa pression

L’A3 s’arrête, j’ai le cœur qui bât à 2000 à l’heure, j’ai ultra chaud malgré les 4 degrés et la pluie ruisselante. Aymeric est à son tour extirpé du baquet et je m’y installe. Pareil, 40 secondes, Steven est content de nous, on n’en est pas peu fiers. Moi, sanglé comme un jambon dans « mon » baquet, j’éprouve un sentiment unique, effrayant mais tellement addictif … La pression laisse place à une gigantesque boule au ventre mêlée d’une telle excitation que je n’ai plus qu’une envie : en découdre. Pourtant je ne suis pas le premier sur la compèt mais là, on a la victoire « Extra Team » en jeu. Feu, je quitte les stands et mets la chaussette pour aborder la courbe Dunlop et puis me jeter sur les freins pour aborder la chicane du même nom.

2015-11-05_628_22647269947_oLe tour

Freinage dégressif, inscription propre et sortie plein gaz. Me voici dans la descente menant à La Chapelle. Gros frein dans la descente en dévers, ça bouge un peu, je reste sur la trajectoire « mouillé » c’est à dire ici à l’extérieur. Le grip y est meilleur. A nouveau plein gaz en revenant choper la droite de la piste pour rentrer sur les freins dans Le Musée où je viens lécher le vibreur à la corde avant de débraquer très tôt pour prendre un max de vitesse. Je reviens sur la voiture devant en arrivant sur Garage Vert, un double droit ultra piégeur où les freins sont attrapés très tard. Même si je suis plus vite que lui, pas de prise de risque ou de manœuvre suicide ici, comme beaucoup l’ont tenté (et se sont sortis). Je préfère rester sagement en ligne. Les gaz sont remis plus tôt pour moi et je lui fonds dessus dans le bout de droit qui débouche sur Chemin aux Bœufs, un pif/paf gauche/droite piégeur lui aussi car avec la pluie, c’est une vrai patinoire. Je saute sur les freins assez tôt car ici, mieux vaut sacrifier l’entrée pour privilégier la sortie. Devant, les freins sont pris trop tard et ça sous-vire grave sur le gauche ce qui l’arrête presque sur le droit. Moi j’ai plongé très tôt et remis les gaz rapidement ce qui me permet de le passer en sortie. Ouiiiiiii !!! Premier dépassement en course de ma vie !! Pas le temps de fêter ça car on arrive sur les S du Garage Bleu. Droite, brève ré accélération et replacement pour perdre le moins de temps possible dans le gauche qui déboule sur les freins pour prendre le Raccordement, un double droit conditionnant la prise de vitesse pour la ligne droite que j’avale à fond avant de poser le nez de l’A3 d’un léger frein pour plonger dans la courbe Dunlop, et c’est reparti pour un tour.

Tracé Bugatti

Au fil des tours, le panneautage m’indique que je suis régulier et, dans ce baquet, l’excitation et la concentration viennent s’ajouter aux sensations de conduite. L’A3 quattro est ultra saine et même de nuit sous la pluie, le pilotage propre est possible, même pour moi qui suis loin d’être un pilote. On ne voit pas le temps passer et là, voilà que l’ami Steven s’invite dans l’habitacle par la radio : « Box, box, box, box … ». C’est l’heure pour moi de laisser le volant à l’ami Antoine pour le dernier relais. On est toujours P2 de la catégorie et le changement de pilote se fait sans encombre. Antoine assure un super dernier relais et atteint le but que nous nous étions secrètement fixé : doubler les médias pour se positionner en tête de la catégorie. Là, on commence à réaliser qu’on a adopté une très bonne stratégie grâce à Steven, notre super Team Manager.

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C’est l’arrivée !!! Antoine termine cette première course, de nuit, sous la pluie. On est P10 ou P11 au général mais on remporte notre catégorie !!! Inutile de vous préciser qu’on ne touchait plus terre à ce moment là. Peut-être un des plus beaux moments de toute ma vie. Réguliers, bons dans les stands entre stratégie et changements de pilotes, ça avait marché pour nous. Qu’est-ce qu’on était fiers, qu’est-ce qu’on était contents …

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Il est minuit et on regagne dare dare l’hôtel pour profiter des quelques heures de sommeil réparateur qui nous reste. Quoi ? C’est déjà le matin ? Et oui ! Il faut repartir sur le circuit car aujourd’hui ce n’est pas une mais deux courses de 3h qui nous attendent.

C’est reparti

Extérieur jour – course 2 : 9h, c’est reparti pour 3h de course sur la même stratégie que la veille. La pluie a redoublé et ça devient de plus en plus dur d’être propre. On fait une belle course au final mais apparemment, quelqu’un s’est réveillé dans l’équipe Medias et a amélioré ses temps de 20s au tour ce matin. On termine deuxième de la catégorie « Extra Team » derrière l’équipe Medias. On est en tête au général avec 19 points après 2 courses, il est temps d’aller se restaurer avant la dernière course qui pourrait nous permettre de monter sur la première marche du podium.

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Extérieur jour (ou presque) : Il pleut de plus en plus quand Thomas prend le départ de la dernière manche et on s’active dans le box pour élaborer avec Steven une stratégie pour remporter la course. Depuis le début, même si on ne voulait pas se l’avouer, le but est, premièrement de terminer la course, évidemment, mais aussi de remporter l’épreuve. Alors croyez moi quand je vous dis que la pression était à son comble car à ce moment là, toutes les conditions étaient réunies. Je suis dans un état second et ne tiens plus en place quand Thomas me laisse le volant et je pars avec la ferme intention de réitérer mes relais d’hier et de ce matin. Etre propre, régulier et ne pas se sortir. Après 30 min de relais sous la pluie battante, quelle n’est pas ma surprise de voir en arrivant sur Garage Vert l’auto de l’équipe 300 (les médias) qui s’est mise beaucoup trop long au freinage et qui s’est sortie. Je repars juste devant lui mais il me colle. Il est rapide le bougre … En même temps, l’ami Steven s’époumonait « box, box, box, box » dans la radio. Je rentre et laisse ma place à Aymeric qui part le couteau entre les dents, on est deuxième de la catégorie et on a un peu de retard. Il parviendra à remonter un peu de temps avant de laisser le baquet à Vincent, qui aura la délicate mission d’aller vite sans faire mal à l’auto afin qu’Antoine puisse cravacher le dernier relais. Au final une grosse bataille avec l’équipe Dunlop pour la deuxième place sur les 20 dernières minutes de la course. Une troisième place dans cette troisième manche, ce qui nous offre la deuxième place au classement final.

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Alors ce n’est pas une victoire mais un podium au Mans, c’est juste un rêve de gosse. Cette deuxième place, je ne fais pas d’abus de confiance en vous disant qu’on l’a méritée. On s’est tous battus, on a roulé, cogité, panneauté, encouragé, ri, soufflé tous ensemble pendant 2 jours et putain que c’était bien… Le point d’orgue de cette édition mancelle des Audi Endurance Expérience 2015 : le podium. On est monté sur NOTRE deuxième marche au terme d’une course extra, homologuée FIA. Je vous jure les amis, c’est un sentiment qui n’a pas son pareil, rien que de vous en parler en écrivant ces quelques lignes (si vous avez eu le courage d’arriver jusqu’ici), j’en ai la voix qui tremble et la larme à l’œil.

2015-11-06_532_22444376573_oL’expérience

Ce que je retiendrai de cette expérience, car ç’en est bien une, c’est la beauté de la course, l’excitation, la pression, l’atmosphère d’un circuit de jour comme de nuit et l’empreinte que tout cela réuni laisse sur nous, amateurs passionnés. Le plus beau dans tout ça : l’équipe. Si je connaissais Thomas, Antoine et Vincent pour avoir déjà roulé avec eux par le passé, j’ai fait connaissance avec Aymeric et, au cours de cette épreuve, nous avons tous partagé quelque chose de particulier qui ne peut faire autrement que de souder. Je suis fier et honoré d’avoir vécu ça avec eux et les remercie, par la présente, pour leur passion, leur esprit d’équipe et leur engagement. Je tiens également à remercier Steven, notre génial « Coach » qui nous a beaucoup appris ainsi que la team Oreca pour avoir, avec Audi, organisé cette épreuve qui relève plus du colossal défi logistique que de l’apéro entre amis. Merci aussi à Florian et Sabrina et, surtout, merci à vous amis lecteurs d’avoir été jusqu’au bout de ce long récit.

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La finale aura lieu fin janvier à Luleå, en Laponie Suédoise et la Team280 sera bien-sûr de la partie, sans votre serviteur malheureusement. Les amis auront toutefois tout mon support et je vous encourage à en faire de même ! Oui parce que sur la glace, c’est une autre paire de manche mais je suis sûr qu’ils vont y arriver. Vive la Team280, vive la course et comme on dit là bas : Vi är alla med dig vänner*

*On est tous avec vous les amis

Photos : JB Dessort – LeBilletAuto / William Crozes – Audi France

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