Mondial 2012 à Paris, Jaguar dévoile la F-Type. Je suis devant le stand et je n’en crois pas mes yeux. Une ligne à couper le souffle et des moulins envoutants. Le roadster est mon coup de cœur du salon. Los Angeles, novembre 2013, voici le coupé et là c’est la claque, je suis sous le choc. Le renouveau de Jaguar est en marche et cette auto est dans toutes mes pensées.

Vous l’aurez sûrement remarqué, depuis fin 2014, Le Billet prend un peu d’ampleur et les marques commencent à nous faire confiance. Alors le 1er janvier dernier j’émets l’utopique résolution de mettre la main sur une F-Type. C’est simple, rarement une auto ne m’a fait autant vibrer sans même l’avoir essayée. Mis à part les Porsche GT3 et Ferrari F12 Berlinetta, aucune auto actuelle ne me faisait autant envie. Alors quand Jaguar me répond qu’ils peuvent m’en mettre une à disposition et que c’est un splendide Coupé R avec son V8 Compressé de 550ch, je saute au plafond ! Pour tout vous dire, j’en ai eu du mal à dormir. C’est le jour J, j’ai à peine fermé les yeux et voici qu’au petit matin la bête m’apparaît. J’y suis enfin. La voici, mon adorée, mon rêve, mon Eléanor comme dirait l’autre.

En tournant autour pour la détailler, je ne peux m’empêcher de faire le rapprochement avec son illustre devancière la Type-E. Long capot, cockpit reculé et un cul d’enfer, la recette marche toujours. Question style, Jaguar fait carton plein avec le Coupé après avoir frappé un grand coup avec le Roadster. C’est trait pour trait le concept CX-16 dévoilé à Francfort en 2011. Compacte (4,47m de long) large (1,93m de large sans les rétros) et basse (1,31m) elle paraît moins râblée qu’une AMG GT mais plus trapue. Les lignes sont élégantes, fluides et naturelles. Pas vulgaire pour un sou. Un mannequin de chez Victora’s Secret en robe de soirée quoi. Déverrouillage de l’auto et les poignées surgissent des portières comme pour vous inviter à entrer. Je ne me fais pas prier. L’habitacle est plus spacieux que prévu et on se sent vite à l’aise dans le coupé. La sensation d’espace est rehaussée par le toit vitré, très agréable. La présentation est flatteuse et l’ergonomie plutôt bonne. Cependant certains plastiques déçoivent comme ce faux carbone sur la console centrale, indigne d’une auto à plus de 100 000€. Le cuir est de bonne facture et l’alcantara sur le plafonnier du plus bel effet. Les baquets sont fermes mais confortables et leur maintien est digne des ambitions dynamiques de l’auto. La position de conduite est au top : Les fesses au ras du sol et le volant, bien en main, se règle au millimètre. Parfait.

On est vite à l'aise dans ce cockpit

Feu

 Je suis encore tout retourné quand mon doigt s’approche du bouton Start, j’en tremble. Action/réaction. Le V8 prend vie en même temps que tous mes sens. Quel moment ! Les clapets sont encore fermés et j’ai déjà le palpitant au garde-à-vous et les tripes qui dansent la gigue. Le croisement sonore parfait d’un V8 italien et d’un « Big Block » US comme on les aime. C’est parti en mode tout auto et échappement fermé pour un petit tour dans Paris afin de voir comment notre pin-up se comporte en société. Dans les ruelles pavées, la suspension se montre ferme mais pas cassante tandis que la direction est légère, informative et très agréable. En mode « normal » la boîte auto 8 rapports (ZF) est exemplaire, la réponse à l’accélérateur douce et facilement dosable. Attention quand même à l’excès d’optimisme car – nous avons pu le vérifier – sur les surfaces irrégulières, la belle à tendance à tortiller du postérieur, même avec l’ESP en Vigipirate noir. Si vous voyez des traces de P-Zero place de la Concorde ou Avenue Georges V, on s’excuse, on n’a pas fait exprès …

La visibilité est très bonne, (sauf de ¾ arrière) et permets d’envisager la conduite au quotidien (avec un minimum d’attention tout de même). Ceci dit, nous, on n’est pas venus pour ça. Ok ça fonctionne bien en ville et un Coupé F-Type R peut être un Daly-Driver convaincant mais il ne me tarde qu’une seule chose : sortir de Paris. Je vous passe le coffre très bon pour la catégorie et le hayon motorisé très pratique, je me concentrerai sur le bilan dynamique et émotionnel. Sortie de Paris, le tunnel de la Défense. « Tiens, le moteur est chaud ! ». Ouverture de l’échappement via la commande sur le tunnel (coïncidence ?) central, puis des vitres et enfin passage en manuel. La 5 devient vite la 2 et gaz ! Je fusionne avec le baquet et l’ESP a bien du mal à gérer le couple débordant tandis que ce simple tunnel se transforme en auditorium géant. Brrraaaaappp !!!! Brrraaaaaap !!!! Tout le monde pense que c’est la fin du monde, il y a même quelques endormis, réveillés en catastrophe, qui font des écarts. Pan ! Pan ! Pan Pan !!! et re-Pan Pan Pan !!! Tous redeviennent Charlie l’espace d’un instant quand je relâche l’accélérateur. Je me suis moi-même demandé s’il n’y avait pas une fusillade dans mon coffre. Quoi ? Je n’ai même pas passé 5000 tr/min. Cette auto est un monstre, une merveille sensorielle et sensationnelle. Je réitère l’opération 2 ou 3 fois et réussit même à me faire engueuler par un « kéké » en T-Max (on les connaît tous très bien) parce que je faisais – bien – plus de bruit que lui.

Non mais quel c*l ...

Après quelques kilomètres d’autoroute (je m’attendais à beaucoup plus de bruits de roulement) c’est le moment d’emprunter le réseau secondaire du côté de Plailly et ses environs. On ré-ouvre l’échappement et les vitres, on repasse en manuel et le mode dynamique est enclenché via le sélecteur jouxtant le joystick de commande de la boîte. La suspension se raffermit ainsi que la direction tandis que la pédale de droite se fait plus réactive. L’échappement devient encore plus sonore ! Je ne pensais pas que c’était possible. Quelques décibels et quelques crépitements en plus, voilà qui fait de moi un homme comblé. ESP off c’est tout simplement la cavalcade. L’amazone lacère le bitume et n’a qu’une seule chose en tête, décimer ses bandes de roulement à chaque accélération. Une bête sauvage, une furie, ça me prends aux tripes. Les sorties de courbes optimistes vous renvoient à l’école du contre-braquage que vous soyez à 50 ou à 15… km/h. Qu’on se le dise, la F-Type R est exigeante. Exigeante, mais pas piégeuse. Le toucher de direction est presque parfait en remonté d’infos et en consistance quand votre délicat fessier, collé au ras du sol, fait corps avec le châssis. Très rigide celui-ci permet d’appréhender sainement (et à temps) les réactions de la féline. C’est qu’elle bouge la coquine ! En pleine charge, je suis choqué par la poussée constante, dès les bas fonds du compte-tours, qui déplace les 1650 kg de la belle comme s’ils étaient moitié moins. Le pire c’est que ça continue sans s’essouffler jusqu’au rupteur (la puissance maxi est atteinte à 6500tr/min). Les 550ch sont tous là (je me demande même s’il n’y en a pas plus…) et les 680Nm sont distribués à la manière d’une voiture électrique : c’est plein partout, tout le temps, sans temps de réponse (merci le compresseur). On regarde l’accélérateur et hop ! On prend 50 km/h. A l’accélération, l’avant à tendance à se délester à la manière d’un hot-rod et une fois la mise en vitesse effectuée, le grip des P-Zero à l’arrière étonne. En courbes, si on fait les choses bien, elle passe très fort et ne demande que d’infimes corrections au placement et à la remise des gaz. Vivante, juste ce qu’il faut.

Lignes tendues mais fluides : Une réussite

En revanche, si vous y allez comme un sourd, elle se montrera sauvage, capricieuse, voir indomptable. Si rouler fort en AMG GT ou en 911 moderne revient à faire faire ses devoirs à une écolière Suisse-Allemande modèle, le même exercice avec la F-Type R, c’est comme une négociation musclée avec une strip-teaseuse culturiste du Kentucky élevée au bourbon. Quand on sait la prendre, l’auto peu se montrer obéissante, disciplinée et « récompensante » mais au moindre pet de travers, elle vous le fera savoir avec l’art et la manière. Et le son … le son mes amis ! Une Porsche, ça sonne juste, délicat et parfois lyrique. Une AMG GT, c’est caverneux, sonore mais toujours discipliné voir quelque peu « synthétique ». Là, on est dans le brutal, le dramatique, le « Wagnerien » même ! L’équivalent en Borborygmes de la Chevauchée des Walkyries. Une bande son à tomber, à se damner, à écouter sans s’en lasser. Quelque soit le régime, un sourire d’enfant vous défigure bêtement et on en redemande. Clairement, 3 jours après avoir essayé l’auto, j’ai encore ce son qui me berce par moment.

Question perfs c’est du violent, très violent. Jaguar annonce un 0 à 100 km/h en 4,2s mais lors de mes deux tentatives, sans lauch-control, j’ai réalisé respectivement 3,7s et 3,6s. Le 0 à 200, lui, est expédié en 11,4s tandis que les 300 km/h ne seront qu’une formalité (sur autoroute allemande bien-sûr). Mais plus que les chiffres, c’est cette sauvagerie, cette poussée paranormale qui m’aura impressionné. Le freinage n’est pas en reste. Notre exemplaire ne disposait pas du système carbone/céramique optionnel mais du système acier classique qui se révèle largement suffisant au quotidien et encaisse plutôt bien l’échauffement quand on attaque. La pédale offre une consistance bien tarée et le mordant est quasi-parfait. Seules les grosses décélérations en appui trahissent le poids de l’auto et peuvent occasionner quelques écarts de trajectoire. Après ce rodéo d’une journée (on ne se sera posé qu’une petite heure pour casser la croûte chez l’ami Eddy) il est temps de rentrer. Et pour moi de constater que la F-Type sait aussi se muer en parfait « cruiser ». A basse allure, aucun à-coups désagréable, ça enroule sur le couple sans jamais avoir l’impression de forcer et on peut rouler tranquille vitres ouvertes pour profiter des gloutonneries et autres pétarades de l’échappement qui raisonne le long des murs d’Ermenonville et de Mortefontaine. Lors de cet essai, notre consommation moyenne a été de 19,2L/100km, pas mal pour un gros V8 Compressé de 550ch !

Retour à Paris et restitution de la belle. J’ai l’impression qu’on m’arrache le cœur, qu’on me prend une partie de moi. Je ne veux pas la rendre. L’objectivité dans tout ça ? Ne m’en voulez pas, je fais tout mon possible. Mais d’intéressé je suis passé à envouté, ensorcelé voir obsédé. N’est-ce pas cela qu’on demande à une auto passion ?

Aussi à l'aise en ville que sur un circuit, la F-Type est envoutante

Bilan

J’en rêvais et je n’ai pas été déçu. Mieux même ! C’est encore plus magique que ce à quoi je m’attendais. Dans la catégorie, la reine, ma fidèle, ma bien aimée, c’est la 911. Là, avec cette F-Type R, Jaguar a fait fort, très fort. Moins pratique au quotidien que la Porsche, elle l’est plus que l’AMG GT et se montre agréable en ville. Quand on attaque, elle est encore plus vivante et envoutante que ses concurrentes susmentionnées et est capable de tout, voir plus. Elle ajoute aux cocktails gagnants des Porsche et Mercedes ce « je ne sais quoi » de mystique qui fait d’elle une auto désirable et diablement addictive. Quelle aura ! Quelle présence ! Désolé pour la comparaison peu orthodoxe mais en gros, la F-Type R, c’est un peu la maîtresse torride, capable dans l’action de faire ce que madame refuse obstinément.

FICHE TECHNIQUE

Moteur : V8 essence 5 litres Compresseur (c’est gros)

Puissance : 550ch à 6500 tr/min (c’est beaucoup)

Couple : 680Nm à 3500 tr/min (c’est énorme)

Transmission : Propulsion (c’est suceptible)

Dimensions  L x l x h (m) : 4,47 x 1,93 (2,04 avec les rétros) x 1,31

Coffre : 315L avec la plage arrière / 407L sans (c’est pas mal !)

Poids (Constructeur) : 1650 kg (ça commence à faire)

0 à 100 km/h : 3,7s – 4,2s Constructeur – (ça va vite !)

0 à 200 km/h : 11,4s (ça va très vite)

VMax : 300 km/h (c’est bien assez)

Conso Mixte : 10,7L aux 100 km (19,2 lors de notre essai « dynamique »)

Rejets CO2 : 255g/km (mais ça, on s’en fout un peu …)

Tarif : A partir de 107 660€ (Modèle essayé : Un peu plus de 120 000€)

Et si c’était nous : La config du Billet Auto 

La F-Type R Coupé du Billet Auto Coûterai 134 530€ avec des options comme le toit panoramique (1150€), la teinte Black Berry (2170€), l’intérieur tout cuir rouge (1210€), le Pack Technologie comprenant le système Meridian 12HP (6120€) ainsi que les jantes « Storm » 20″ renfermant des freins céramique.

ConfigExt

ConfigInt

Un grand merci à l’ami Eddy pour son accueil, son entrecôte et pour m’avoir montré son joli pays 😉

Texte : Jean Baptiste Dessort

Photos : Jean-Baptiste Dessort / Eddy

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