Mythique

 

Chers amis, il est des moments dans une vie qui restent inoubliables. En voici un pour moi, que je vais tenter, dans les quelques signes qui suivent, de vous faire partager.

 

Une création de Maranello, qui plus est frappée du sceau du cheval cabré, représente pour beaucoup l’inaccessible, le rêve. La simple idée de se glisser derrière de volant de l’une d’elles relève de l’utopie.

Et là, grâce à un merveilleux coup de pouce (encore merci Hélène), me voilà au coin d’une rue, nez à nez avec une somptueuse Ferrari F430 que je vais avoir, dans quelques minutes, l’immense honneur de prendre en mains. Elle est garée là, entre une Toyota Aygo et un Opel Zafira et pu***quelle présence ! La ligne est d’une fluidité ahurissante. En s’approchant, on prend pleinement conscience de la parfaite intégration des différentes prises d’air et autres extracteurs permettant à l’italienne de disposer d’un aérodynamisme à la hauteur de ses prétentions. Encore un coup de maître de Pininfarina : réinventer la berlinette sans déroger aux codes.

 

 

Ma dernière expérience avec Ferrari remonte à la 348 TB, raide comme un bout de bois, une direction de camion et un moteur loin d’être aussi démonstratif niveau agrément que niveau décibels… Autant l’avouer immédiatement, la F430 n’a aucun de ces défauts.

 

Three … Two … one … Ignition !

 

Le propriétaire de la belle arrive et ouvre la voiture, je m’installe en passager tandis qu’il met le contact, ce qui actionne les différentes pompes (un rituel dont on ne peut pas se lasser) et pousse le bouton, le bouton tout rond … et l’amas de pièces de métal délicatement assemblées se trouvant dans notre dos, nous a chanté la chanson.

Le V8 4,3L s’ébroue et se cale sur le ralentiiiii (désolé rien que d’y penser j’en ai encore des frissons).

Il prendra le volant le temps de chauffer le moulin et pour moi, de me mettre en condition. En condition de quoi ? Je vais conduire une Ferrari non de non !!!

 

 

Pour de vrai !

 

Le moteur est chaud, moi aussi, il est temps de prendre place derrière le cerceau. Et là, la claque ! Un gros truc rond et jaune attire mon attention. C’est le compte tours et il est gradué jusqu’à 10 000 tr/min !!! Difficile de décrire avec un vocabulaire décent l’état d’esprit dans lequel je me trouve à ce moment-là …

Pas de levier de vitesse mais une petite tirette en lieu et place, comme si on avait amputé le somptueux levier en alu et l’avait privé de sa grille caractéristique. Les rapports se passeront grâce aux palettes derrière le volant (dommage ….). A droite pour monter, à gauche pour descendre.

Hop ! Petit coup sur la palette de droite, la première est enclenchée et un filet de gaz suffit à faire bondir les 1450kg de l’italienne. Je dois maintenant rester vigilant pour ne pas rentrer dans la voiture qui me précède. Vain diou la drôlesse est nerveuse ! Comme on dit chez moi.

Le passage de la seconde permet de calmer le jeu et de faire tomber le régime et j’enroule désormais dans les bas-fonds du compte tours. Contrairement à ce que je pensais, le V8 évolue sereinement à ces régimes et reprend sans broncher.

La circulation qui se libère devant moi me permet d’ouvrir un peu et soudain, passé 2000 tr/min, les clapets dans l’échappement s’ouvrent et les vocalises de celui-ci résonnent contre les parois des immeubles. Indescriptible … Cela me fait penser à un concert de Lucky Peterson, je m’explique : on peut en écouter des heures et des heures en audio mais le jour où ces notes de blues effleurent vos oreilles pour de vrai, aucun mot de notre chère langue n’est adapté pour ce genre de situation.

Nous voilà à présent sur la route, dégagée et toute en courbes, qui traverse une partie des vignobles de Pessac-Léognan, assurément un premier cru classé … La route ? La voiture ? Le vin (avec modération) ? Définitivement les trois !

Les 490 pur-sang italiens sont en rang serré derrière nos échines et n’attendent plus que l’ouverture des stalles. Amis turfistes faites vos paris …

Le manettino est en mode sport, pichenette sur la palette de gauche, la « deux » est tombée (à 80 km/h !!!) l’écurie est lâchée ; sous l’action de mon pied droit, l’aiguille du compte tours est prise de frénésie (l’inertie ??? Connait pas …) et ne stoppera sa course qu’au passage de la « trois » à 8500 tr/min. Le rapport est passé en 150 millisecondes (un battement de cil en prends 300 …) et ça repart ! La poussée est franche et linéaire, la sonorité est envoutante, à la manière d’une Aretha Franklin enchaînant les octaves, alors que la prochaine courbe se jette sur moi. Un peu (pas mal quand même) de frein sur l’entrée permet à l’auto de prendre ses appuis et à moi de me rendre compte que le feeling à la pédale n’a d’égal que la décélération : impressionnant !

La direction est parfaite, elle qui me semblait lourde à allure très basse, singe à présent le scalpel, tranchant avec précision la ligne dessinée par mon imagination. Sur les freins à nouveau, toujours aussi efficaces, j’attaque le sinueux : droite 90° (pas corde …). Le transfert de masse se fait avec un tel naturel que je me sens relié à la voiture par bien plus que mes fesses, mes épaules et mes mains. Le roulis est inexistant, aucun sous-virage ne se fait sentir et nulle réaction parasite n’est à déplorer. Le maintien des sièges est parfait tandis que le confort de roulement à vive allure est bien réel.

A la ré-accélération l’avant s’allège quelque peu mais conserve tout son pouvoir directeur tandis qu’à l’arrière la motricité procurée par les gommards en 285 est dantesque. On peut presque deviner le travail du différentiel E-Diff qui veille à ce que je ne me retrouve pas subitement dans un rang de vigne.

Faisant partie du commun des mortels, je pensais rouler très (très) vite mais j’ai bien (bien) pris la dimension des 62 années d’expérience de Ferrari en F1 (un record). Il faut vraiment rouler très fort pour approcher les limites de l’auto sur route ouverte.

Un châssis aux petits oignons et des trains roulants ultra précis en adéquation avec l’électronique, gérant l’amortissement, la réponse à l’accélérateur ainsi que l’antipatinage, font de cette berlinette une dévoreuse de virages.

 

 

L’atterrissage

 

Retour à la civilisation, je calme le jeu en rejoignant la circulation. La route se rétrécie et les dos d’âne inhérents à toute agglomération qui se respecte (à Bordeaux, il y en a environ un tous les 4 mètres …) me poussent à porter mon attention sur la largeur de l’engin et sur son museau particulièrement bas et exposé.

Cependant, en prenant ces facteurs en compte, tout se passe très bien en ville. Sans égaler l’aisance d’une Porsche 911, la F430 se comporte plutôt bien dans ce genre de situation. La boite sait se montrer douce et le confort sur les chaussées dégradées est tout à fait honorable (ma BMW avec son châssis « M » ne fait pas mieux).

Dans les embouteillages, un motard derrière moi fait vrombir son destrier. Pensant qu’il voulait passer, je m’écarte quelque peu mais il ne passe pas et continu à faire chanter sa ligne Akrapovic. L’individu aurait-il en tête une bataille de décibels ? Qu’à cela ne tienne ! Je tire les deux palettes en même temps ce qui met la boite au point mort et lui envoie une salve de délicieuses montées en régime en dolby stéréo suround analogique 8.4 … Tout le monde dans la rue à les yeux rivés sur nous et beaucoup ont le pouce levé. Constat qu’une Ferrari marque toujours, comme peu d’autos le font.

Le motard lui, se met à ma hauteur et me lance sur un ton amicalement ironique « Il ne faut pas faire ça monsieur je n’entends plus mon moteur ! ». Après ce bon moment de rigolade, il est temps de rentrer et nous approchons de notre destination.

Quelques petites accélérations dans les ruelles bordelaises bordées d’immeubles auront finis par me faire perdre toute objectivité et il est temps pour moi de la rendre à son heureux propriétaire.

Nous sommes rendus et je le laisse repartir avec son joujou en restant là, sur un petit nuage, au milieu de la rue. Quelques secondes plus tard, je reprends doucement mes esprits et commence à réaliser ce qu’il vient de se passer : une expérience unique !!!

Après toutes ces années à rêver de ce moment, j’ai soudain l’impression qu’il n’a duré que quelques secondes et je suis déjà en train de me refaire le film…

 

Retour sur terre

 

Après ce moment inoubliable, il restera cette impression qu’une Ferrari est un bijou ; que dans ces autos, tout est fait pour que vous vous sentiez exceptionnel. La F430, c’est une ligne hors du commun, c’est le plaisir de toucher et de sentir le cuir, le frisson d’appuyer sur le bouton Start et d’entendre le réveil du V8, la jouissance des montés en régime à n’en plus finir ainsi que cet idiot, mais au combien agréable sentiment d’accomplissement, quand après avoir pris un maximum de plaisir à son volant quelle que soit l’allure adoptée, vous voyez les pouces se lever sur votre passage. Bref : j’ai conduit une Ferrari …

 

La passion : Le Mythe, la ligne, la sonorité, les freins, la direction, le confort, la poussée, la sonorité (je l’ai déjà dit ?), les tarifs en occasion, le moteur ultra pointu, l’important capital sympathie de l’engin.

 

La raison : Les palettes « console de jeu » qui nuisent au plaisir absolu, les tarifs d’entretien, la direction assez lourde à allure très basse, la vulnérabilité de la carrosserie. Après ça devient dur de trouver …

 

Si c’était moi … : Une F430 anthracite avec un intérieur bordeaux (je ne suis pourtant pas chauvin) et surtout en boite manuelle …

 

L’ordonnance du Billet Auto :

 

Je conseille vivement la  F430 à celui qui aime la beauté des lignes racées, les moteurs pointus, le souci du détail, rouler dans l’exceptionnel et qui n’a pas peur du m’as-tu vu …

Vous roulez en Maserati Quattroporte la semaine et souhaitez quelque chose d’encore plus vivant pour vous échapper tout seul ou à deux pour le week-end ? Et pourquoi pas, faire un peu de circuit ? N’hésitez pas une seule seconde d’autant plus que la F430 devient « abordable » en occasion (environ 95 000 € pour un modèle pas trop kilométré en parfait état).

 

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